Justifions ce point de vue :

 


Exister est la nature première de l’Atman :
(108up. Adhyatma 20 p.319) « Ce monde entier est l’Atman; en dehors de l’Atman, il n’existe
rien ».
La Conscience est la nature première de l’Atman(1) :
(108up. Brihadaranyaka IV-iv-22 p.135) « L’Atman, ce grand être sans naissance [..] est le régent de
la Totalité... »
(108up. Maitreya VI-13 p.879) « L’ascète [..] a réalisé la Vérité suprême, qui est indépendante du
corps et des sens, qui est le Témoin universel, la Sagesse spirituelle ».
Rappelons que le troisième principe dit que Dieu est le Témoin universel.
Le Régent de la Totalité, aussi Témoin de la Totalité, est ce qui caractérise une conscience, en
l’occurrence universelle.
La félicité, la plénitude, la vacuité(2), la paix infinie, etc. est la nature première de l’Atman(3) . C’est
ainsi et c’est tant mieux.
Si nous sommes imprégnés de conscience paisible et saturée de bonheur, comment se fait-il que
notre vécu ne lui corresponde pas? Il y a deux raisons :
(108up. Narada IX-15 p.890) « Plus subtil que l’infiniment subtil, plus grand que l’infiniment
grand, l’Atman est occulté dans le coeur de toute créature».
(108up. Katha 2-I-1 p.250) « Le Seigneur suprême, l’auto-engendré a créé les cavités des sens en
les orientant vers le monde extérieur ». Selon les vedas, le mental fait partie des sens.
Si l’on ne regarde pas un objet caché, on a peu de chances de le voir.
Exprimé de façon similaire :
(Paroles cachées 2.41) « Si tu pouvais percevoir la souveraineté immortelle, tu t'efforcerais de
quitter ce monde éphémère. Mais te cacher l'un et te révéler l'autre est un mystère que, seul, un
coeur pur peut comprendre ».
par « quitter », il faut comprendre « se détacher de ».
Et comment se fait-il que le monde extérieur ne soit pas de la nature de l’Atman?
La réponse se trouve dans le concept très subtil de « maya », que l’on traduit souvent par
« illusion », reliée à des notions d’ignorance, de mirage et de magie. L’existence même de la
matière et la présence intime de la conscience dans la matière - c’est au moins le cas pour les
animaux, nous compris – tient de la magie.
(Bhagavad Gita p 273) « Maya est le prisme à travers lequel la Réalité Unique S’exprime et semble
se déployer sous la forme de cet univers ».
La Réalité, qui est pure lumière blanche se transforme en jeu de couleurs derrière un prisme. Un
observateur de ces couleurs serait tenté de dire que la lumière blanche n’existe pas.
Précisons que nirvana pourrait tirer son origine de nir (sans) et varna (couleur).
Une autre analogie est celle de l’électricité dans une ampoule : l’électricité ne se voit pas, mais c’est
elle qui allume réellement l’ampoule.
Je préfère cependant l’image de la radioactivité vis à vis d’une plaque photosensible. La « lumière »
émise constamment par un composé radioactif est invisible mais peut révéler une plaque
photosensible enfermée dans un tiroir. C’est un phénomène magique, la transformation de
l’invisible permanent en visible éphémère et changeant.

 


note1: Non, ce copier-coller n’est pas un copier-coller. Qui peut prétendre classer les qualités de l’Atman ? Voir 3
note2: Plénitude et vacuité sont paradoxalement des synonymes, plénitude parce rien ne peut plus augmenter le bonheur atteint, vacuité
résultant d’une paix absolue.
note3: Voir 1: Je m’entraîne pour le jour où je serai devenue immortelle et donc en charge du dictionnaire.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                        43

De la même façon, l’Atman non-manifesté impressionne la matière dans sa forme potentielle
(prakriti)(1), et c’est ce qui génère le manifesté.
(108up. Annapurna V-76 p.613) « L’Atman est Un, mais il se morcelle à travers Maya, bien que
demeurant indivis en son essence ».
(108up. Avyakta I-2 p.677) « Il advint que cela (Brahman) se divisa en deux. Une partie était de
couleur verte, l’autre de couleur rouge. La masse rouge prit la forme d’un être mâle (Purusha), la
verte prenant celle d’un être femelle (Maya). Ces deux s’unirent... ».
Comme d’habitude, c’est la femme a le mauvais rôle, qui fait le ménage, les courses, etc. pendant
que le mâle glandouille et observe. Purusha (homme cosmique) est bien sûr synonyme d’Atman.
(Bhagavad Gita p 80) « Le Soi -la Conscience pure en nous- semble Se laisser prendre au piège de
l’illusion qu’Il a lui même projeté. La cause de cette illusion est appelée « maya », pouvoir
indescriptible et mystérieux. En effet, maya n’est pas perceptible directement: On ne voit que ses
effets ».
Ce piège est décrit comme un filet qui enchaîne au manifesté :
(108up. Mandukya IV-61 p.278) « L’esprit (chitta) est pris dans les filets de maya ».
La nature de « chitta », terme sanskrit général pour désigner la conscience, fera l’objet d’un
chapitre laborieux.

 

 


note1: Selon les vedas, la matière possède une forme non différenciée appelée prakriti. C’est par l’action de l’énergie créatrice (shakti),
considérée comme une conscience, que la matière prend la forme que nous lui connaissons. Cette conception rejoint les observations
les plus récentes de la science. Je cite ici Étienne Klein (Les secrets de la matière Editions Librio 2015) pages 70 et 74 :
« en physique quantique, le vide n’est pas l’espace vide. Il est rempli de ce que l’on pourrait appeler de la matière fatiguée, constituée
de particules bel et bien présentes mais n’existant pas réellement: elles ne possèdent pas assez d’énergie pour pouvoir vraiment se
matérialiser et, de ce fait, elles ne sont pas directement observables ».
« lorsque l’univers était très dense et très chaud, les particules n’avaient pas de masse. Elles se propageaient dans le vide à la vitesse
de la lumière ; puis le champ scalaire de Higgs s’est soudainement installé dans tout l’espace, conférant aux particules une masse non
nulle, qu’elles ont conservé par la suite ».
Champ scalaire: traduit la répartition des énergies dans l’espace, donc la présence ou non de différentes particules élémentaires.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                  44

XVII. Par dedans le bien et le mal

 


(Paroles cachées 1.3) [Dieu] « Voilé en mon existence immémoriale et dans l'antique éternité de
mon essence, j'ai connu mon amour pour toi, aussi t'ai-je créé. »
Si Dieu nous aime, pourquoi le mal existe-t-il? Selon le principe d’unicité de Dieu, il n’y a pas de
raison de supposer l’existence de divinité maléfique(1), et Dieu peut devenir aussi la source à
l’origine du mal, ou disons plutôt de la souffrance.
Dans le "Notre père" chrétien, « Ne nous soumets pas à la tentation », et plus clairement encore
(Livre Prières 4.5) « préserve-nous de ceux dont Tu as fait des instruments de l'esprit du mal », mais
aussi
(Paroles cachées 1.48) « Pour toute chose, il existe un signe. Le signe de l'amour est la force d'âme
face à mes décrets et la patience dans mes épreuves. »
indiquent que c'est Dieu qui peut aussi autoriser le mal, déclaré ici comme l'absence du bien :
(Leçons Acre 74.4 et 74.5) « Bref, les réalités intelligibles, comme les qualités et les admirables
perfections de l'homme, sont exclusivement bonnes; elles existent, et le mal est leur non-existence.
Ainsi, l'ignorance est la non-existence du savoir, la perdition est la non-existence du salut, l'oubli, la
non-existence de la mention, la bêtise, la non-existence du bon sens. Toutes ces choses sont des
néants et non pas des choses qui existent. »
Une poignée d’hommes a souvent été responsable de grandes souffrances collectives. Nos livres
d’histoire relatent d’innombrables guerres -souvent pour des raisons futiles de succession au trône,
ou mieux encore de conflits d’origine religieuse- qui ont mobilisé d’immenses ressources tant
matérielles qu’humaines, et causé d’innombrables souffrances aux populations civiles. Les XIe et
XIIe siècles ont connu peu de conflits et permis une prospérité en occident.
Il convient de se pencher sur les cataclysmes naturels. Dans la grande majorité des cas, le
comportement humain, de par la liberté dont il dispose, est un facteur aggravant, sinon déterminant.
Prenons l'exemple d'un tremblement de terre, dont on peut supposer l'origine exclusivement divine
(ce ne sera peut-être bientôt plus le cas après la généralisation de l'extraction du gaz de schiste).
Et paf! Je viens d’écrire que Dieu peut décider de déclencher un tremblement de terre, selon le
même principe que celui des dix plaies d’Égypte (Bible Exode 7:14 et suivants).
La physique nous apprend que l’écorce terrestre est constituée de plaques solides flottant sur un
magma de roches liquides mues par convection. Ces plaques sont donc soumises à des forces
horizontales qui peuvent les amener à se déformer, s’interpénétrer ou se chevaucher. Il s’ensuit
parfois des ruptures à l’origine de mouvements brusques ressentis comme un tremblement de terre.
Sans cette caractéristique intrinsèque de notre planète, il n’y aurait pratiquement pas de relief, et la
terre serait probablement un gigantesque océan, appelé « océan Unique ».
Un tremblement de terre est donc la conséquence de la structure terrestre, elle-même à l’origine de
la diversité de vie dont nous bénéficions.
(Leçons Acre 1-1 et 1-2) « La Nature est cet état, cette réalité, représentée, en apparence, par la vie
et la mort ou, en d'autres termes, par la formation et la décomposition de toutes choses. Cette Nature
est soumise à une organisation absolue, à des lois déterminées, à un ordre complet, et à un plan
achevé dont elle ne s'écarte jamais. »
J’introduis ici une parenthèse : si Dieu a figé les lois de la nature et décidé de ne pas intervenir à
leur encontre, Il peut par contre intervenir sur le vivant, notamment sur les décisions humaines. 

 


note1: Ce n’est certes pas une preuve, mais je n’ai trouvé aucune référence au diable (hormis irrémédiable) ni au démon (excepté
démontrer) dans la Foi bahaie.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                    45

 

l’apogée de la guerre froide, une alerte massive déclenchée par le système de surveillance antimissiles
de l’URSS laissa supposer une attaque nucléaire américaine imminente, qui se révélera
fictive. Il se trouve que Stanislav Ievgrafovitch Petrov, responsable du système de défense, venait
de prendre son poste. Ce militaire ne faisant pas confiance aux ordinateurs et doté d’un sang-froid
hors normes décida dans l’instant contre l’avis de ses collègues et en contradiction avec les
directives officielles, de ne pas riposter. Qualifié « d’homme qui sauva le monde », Stanislav Petrov,
fit preuve toute sa vie d’une modestie incurable. Quelle était la probabilité de trouver un tel profil
humain dans cette situation?
Bon: le tremblement de terre a eu lieu et Dieu n’y est pour rien. La nature est bien soumise au
déterminisme. Par contre, le nombre de victimes est amplifié par la construction d'immeubles
inadaptés, souvent pour des raisons économiques, la technologie parasismique étant maîtrisée
depuis deux mille ans.
En Arménie, pays de l'ex-URSS connu pour son activité sismique, le tremblement de terre de
décembre 1988 a fait 25.000 morts et rendu 140.000 personnes handicapées.
Une étude a montré que les logements qui y ont été construits durant les années 1970 sont avares en
ciment et en béton, réservés à d'autres emplois, probablement militaires. La corruption et un
manque de vision ont conduit également à la construction d'immeubles de faible qualité.
A la demande du département de défense des États Unis, Igor Birman a estimé le budget militaire de
l'ex-URSS en 1988 à 20% du PIB. On ne peut pas rendre Dieu responsable de tout.
Du point de vue religieux, le rôle de la souffrance est de nous inciter à nous améliorer -pris dans le
sens spirituel- , et agir en conséquence. Nos fondamentaux -des principes sur lesquels s’appuient
notre mode de vie- peuvent être ébranlés par un tsunami nucléaire au point de faire naufrage.
L'exemple du naufrage du Titanic est édifiant à cet égard : N'est-ce pas notre orgueil et notre
cupidité qui ont conduit au désastre? Et Tchernobyl, Fukushima? Ces accidents ne pouvaient pas
arriver? Les volontaires de Tchernobyl, se sachant condamnés, et probablement majoritairement
athées, ont accepté de se sacrifier pour l'humanité. Sens du devoir, me dira t-on. Certes, mais ils ont
admis qu'il existait quelque chose de supérieur à leur propre vie. De tout coeur merci.
C'est ainsi qu'au niveau spirituel la souffrance peut être vue comme une bénédiction.
(Coran 11.9 à 11.11) « Et si Nous faisons goûter à l’homme une grâce de Notre part, et qu’ensuite
Nous la lui arrachons, le voilà désespéré et ingrat. Et si Nous lui faisons goûter le bonheur, après
qu’un malheur l’ait touché, il dira : "Les maux se sont éloignés de moi", et le voilà qui exulte, plein
de gloriole, sauf ceux qui sont endurants et font de bonnes oeuvres. Ceux-là obtiendront pardon et
une grosse récompense. »
(Paroles cachées 1.50) [Dieu] « Si l'adversité ne t'atteint pas sur mon chemin, comment pourras-tu
suivre la voie de ceux qui sont contents de mon plaisir? Si, en ton aspiration à me rencontrer, les
épreuves ne t'affligent pas, comment parviendras-tu à la lumière dans ton amour pour ma beauté? »
Une difficulté peut alors être perçue comme un test de notre confiance envers le Créateur, une
mission difficile vue comme un honneur, le Grand Patron nous jugeant capable de réussir.
On ne peut oublier que l’expérience de difficultés permet de comprendre celle des autres. Qui a
connu la pauvreté peut plus facilement excuser celle des plus démunis au lieu de penser « ce sont
tous des fainéants ». L’expérience de la dépression évite le langage stupide « Yaka se remuer », etc.
Enfin, une part de la souffrance quotidienne est due à l’anticipation de malheurs qui peuvent
s’avérer être pure imagination.
(Paroles cachées 1.48) [Dieu] «L’amoureux sincère désire ardemment les tribulations comme le
révolté (contre Dieu) cherche le pardon et le pêcheur la clémence ».
Certes, les aléas de la vie sont un facteur d’évolution spirituelle, mais pourquoi aller jusqu’à les
espérer ? Ma réponse est que les difficultés envoyées par Dieu prouvent qu’Il s’intéresse à nous en
ne nous abandonnant pas dans un confort propice à une mort spirituelle.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                         46

Il reste cependant des situations semblant absurdes.
Un enfant de cinq ans marche sur une mine anti-personnelle et reste estropié à vie. En quoi est-ce
un facteur d’évolution spirituelle pour lui ou pour ses proches? L’existence de cette mine est de
responsabilité entièrement humaine. La grande question est: « pourquoi cet enfant et pas un autre,
pas un adulte, pas un animal, pas un ovni tombé en panne? ». Le christianisme introduit la notion de
mystère, et le sujet est clos. La Tradition Indienne fait intervenir des actes commis dans des vies
antérieures. Un indice différent est donné dans la foi bahaie:
Au stade de l’évolution spirituelle désigné « Vallée de la connaissance », il n’y a plus de mystères :
(7vallées 4.10) « Dans cette vallée le voyageur ne voit dans l’oeuvre de Dieu que sagesse évidente »
(7vallées 4.11) « Il voit la justice dans l'injustice ».
 

                                                                                                                                                                                                                                                             47

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