(Paroles cachées 1.7) « O fils de l'homme! Si tu m'aimes, détourne-toi de toi-même; et si tu
cherches mon bon plaisir, ne pense pas au tien, afin que tu puisses mourir en moi et que je puisse
vivre en toi, éternellement »
Le « toi_même » dont il est question ici sera analysé ultérieurement, mais la transformation
correspondante a été qualifiée de renaissance par Jésus :
(Bible Matthieu 3.5 et 3.6) « Jésus répondit: "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau
et d'Esprit, nul ne peut entrer au royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né
de l'Esprit est esprit. »
(Paroles cachées 2.40) « O mon serviteur! Libère-toi des chaînes de ce monde et délivre ton âme de
la prison de ton ego. Saisis ta chance, car jamais plus elle ne se présentera à toi. »
(Nuage d'inconnaissance chapitre 43) « Regarde qu'en ton intelligence et en ta volonté n’oeuvre que
Dieu seul. Et tâche à abattre toute connaissance et tout sentiment de quoi que ce soit au-dessous de
Dieu; et rejette bien loin toutes choses sous le nuage d'oubli. Et tu dois comprendre que tu n'as pas
seulement à oublier en cette oeuvre toutes les autres créatures que toi-même et aussi leurs actions ou
les tiennes, mais encore que tu as, en cette oeuvre, à oublier ensemble et toi-même et tes propres
actions pour Dieu, non moins que les autres créatures et leurs actions. »
L’oeuvre mentionnée ici est celle qui permet de se libérer des chaînes de ce monde, de se détourner
de soi-même, de tout oublier. C'est l'objet des disciplines contemplatives et du Yoga.
Oui, mais que reste-il quand on a tout oublié? Paradoxalement, la réponse est:
La Connaissance est ce qui reste quand on a tout oublié. La culture peut aller se promener au jardin
botanique. La Connaissance est ici celle de ce que l'on nomme habituellement le Soi, une forme de
conscience qui transcende le sommeil, le rêve et l'état de veille.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                 37

XIV. Le Témoin :Troisième principe

 


(108up. Brihadaranyaka III-viii-11 p.117) « En vérité, cet Immuable, ô Gargi, jamais on ne le voit,
mais il est le voyant, jamais on ne l’entend mais il est l’auditeur; jamais on ne pense à lui, mais il
est le penseur; jamais on ne le connaît, mais il est le connaisseur; il n’est personne d’autre qui
regarde, si ce n’est lui ; il n’est personne d’autre qui écoute, si ce n’est lui; il n’est personne d’autre
qui pense, si ce n’est lui ; il n’est personne d’autre qui connaisse, si ce n’est lui. C’est par cet
immuable, ô Gargi qu’est pénétré de part en part l’Akasha(1) non manifesté. »
Et une formulation quasi identique :
(Paroles cachées 1.44) [Dieu] « Ton oreille est mon oreille; par elle, écoute. Ton oeil est mon oeil;
c’est par lui que tu dois voir, afin d'attester, du tréfonds de ton âme, de ma sainteté sublime [..] »
Le Témoin enregistre tout :
(Bible Luc 12.7) « Bien plus, vos cheveux mêmes sont tous comptés ».
C'est aussi pour ne pas se faire avoir que les moines bouddhistes se font raser la tête.
(Coran 6.59) « C’est Lui [Dieu] qui détient les clés du mystère que Lui seul connaît parfaitement. Il
connaît ce qui est sur la terre et dans la mer. Nulle feuille ne tombe sans qu’Il le sache. Il n’y a pas
un grain dans les ténèbres de la terre, ni rien de vert ou de desséché qui ne soit mentionné dans le
Livre explicite. »
(Coran 6.22) « Et Nous avons dénombré toute chose dans un Livre explicite. »
(Paroles cachées 2.60) « O amis! En vérité, je dis que tout ce que vous avez celé en vos coeurs est
pour Nous clair et évident comme le jour; mais que cela soit caché tient à Notre grâce et à Notre
bonté, et non à votre mérite. »
Cette capacité de mémorisation a certes de quoi faire frémir, mais l’aspect le plus important de ce
troisième principe est la qualité d’observateur du Témoin.

 

 


note1: Akasha est traduit en général par éther, et correspond au substrat de la création.

 

                                                                                                                                                                                                                                                     38

 

XV.La non-dualité : Quatrième principe

 


Il convient d’abord d’attirer l’attention sur un avertissement un peu étrange donné à plusieurs
reprises dans les vedas. Par exemple :
(108up. Maha V.105 p.393) « Celui qui par malheur enseigne à un ignorant(1) ou à un disciple semiéveillé
que « tout ceci est Brahman », le fera plonger dans une série d’enfers sans fin. »
Serait-il possible que « tout ceci ne soit pas cela(2) », donc que le Maître enseigne une fausse vérité
au disciple?
(108up. Maha V.106 p.393) « Mais un disciple dont l’intellect a été bien éveillé [..] le maître avisé
est en droit de lui procurer son enseignement. »
(108up. Maha V.104 p.393) « Au tout début, purifie ton disciple [..]. Par la suite, communique lui
ton enseignement, à savoir que ce monde tout entier est Brahman ».
Je suis rassurée! Les enfers sans fin, c’est uniquement pour le disciple. Le Maître a le droit
d’enseigner que le monde est aussi Brahman.
Soit. Mais alors, pourquoi le disciple risque t-il son avenir ?
Un disciple supposant avoir atteint de fait un haut niveau spirituel verrait son désir d’évoluer
disparaître, avec comme conséquence une stagnation dans les enfers(3). Mouais.
Une autre raison possible est que le Maître gaspille son temps en se consacrant à un disciple non
préparé. Avec l’aide de Gutenberg, je n’ai pas ce problème. Mieux.
Elan Sarro(4), dans un article intitulé « mise en garde au sujet de la voie de la non-dualité » a très
probablement compris mieux que moi le danger :
« Si le profane considère qu’il doit être semblable à cet Être réalisé spirituellement pour vivre la
Non-dualité, il risque de réprimer et refouler tout ce qu’il jugera comme étant différent de cet état
de Libération intégrale. C’est ainsi que, sans s’en rendre compte, il va renforcer l’emprise de l’ego
sur sa personnalité, le rendant encore plus instable qu’il ne l’est déjà. » Top.
En se forgeant un idéal, une imagination de ce qui devrait être, le profane peut rejeter tout ce qui lui
paraît incompatible avec cet imaginaire, et ainsi perdre gravement le sens des réalités. C’est
uniquement en prenant soin ne notre vie quotidienne que l’on peut espérer accéder à la non dualité,
qui révèle alors sa vraie nature.
Swami Chinmayananda, au sujet du yoga de l’action (karmayoga) exprime un avis différent :
(Bhagavad Gita p.701) « Il se s’agit pas ici d’enfermer la connaissance dans un sanctuaire, et d’en
réserver l’accès à quelques privilégiés. »
( Bhagavad Gita XVIII-68 et 69 p.702) « Celui qui, avec une dévotion suprême à Mon égard,
enseigne ce secret ultime à Mes dévots, sans nul doute viendra à Moi. Nul parmi les hommes
n’accomplit pour Moi un service plus précieux »
Par précaution, les défavorisés, on se purifie, se désignore et se réveille.
Bis repetita :
(108up. Mundaka II-ii-11 p.287) « Ce vaste univers est Brahman, le suprême, et rien d'autre que
Brahman »
(Livre prières 11.3) « De tous ceux qui sont au ciel et sur terre, aucun ne peut résister à l'action de ta
volonté souveraine. De toute éternité Tu gouvernas la création tout entière et Tu continueras à
jamais à exercer ton empire sur toutes choses créées. »

 

 

 

note1: NdT  L’ignorance désigne la non connaissance de la Vérité enseignée par la Tradition.
note2: NdT  cela est une autre désignation de Brahman
note3: Les enfers ne sont pas un lieu, mais un état thermique caractérisé par le refus de la spiritualité.
note4: Elan Sarro diffuse sur le net des guides de méditation, auxquels nous ferons référence ultérieurement.

 

                                                                                                                                                                                                                                                        39

 

Capiche ? Comprendes ? Verstanden?(1)
Tout est Brahman, de Brahma aux douzaines de légions d’anges, jusqu’à la fourmi.
N’y a-t-il pas une contradiction ? Confirmation :
(108up. Mandukya karika III-21 p.270)(2) « L’immortel ne peut devenir mortel, pas plus que
l’inverse; rien ne peut être autrement que selon sa nature essentielle. »
(108up. Maha VI-13 p.400) « Il est absolument impossible que les objets surimposés(3) puissent se
trouver également en Brahman, l’éternel, le déployé, l’indivis. »
Tout est Brahman, mais Brahman ne peut pas être l’univers. Une solution possible est que l’univers
n’existe que par l’activité de « la conscience » :
(108up. Mandukya karika IV-65 et 66 p.278) « Se déplaçant lorsqu’il est éveillé, dans les différentes
régions de l’espace, l’esprit croit à la réalité de ce qu’il voit : Animaux, oiseaux, insectes… Mais
tout cela se trouve nulle part, si ce n’est dans l’esprit de l’homme éveillé. Ainsi, tout ce qu’il voit
dans ces régions se trouve uniquement dans sa conscience de veille. »
Une première interprétation consiste à affirmer que la perception du monde extérieur est une
caractéristique de notre conscience individuelle de veille, mais ce n’est pas ce qui est écrit : « tout
ce qu’il voit dans ces régions se trouve uniquement dans sa conscience de veille», donc disparaît
lorsque l’esprit est endormi.
Objection! : Lorsque l’on est endormi, le monde continue d’évoluer autour de nous.
Objection retenue. Continuez, Maître, euh pardon, Maîtresse.
D’accord. Le monde extérieur a une forme d’existence en constante évolution, donc éphémère, et
c’est notre conscience individuelle qui la révèle. La vie incarnée a peu de valeur par rapport à la vie
éternelle, et à l’extrême (ce qui est un peu abusif) est considérée comme inexistante.
On retrouve cette notion dans la Bible et le Coran :
( Bible Matthieu 5.30) « Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe la et jette la
loin de toi : il t’est plus avantageux de perdre un seul de tes membres que de voir tout ton corps s’en
aller dans la géhenne ».
La portée est exclusivement symbolique, mais il semblerait qu’elle ait conduit à des dérives
stupides.
Il devient très difficile d’argumenter sobrement, aussi laissons les textes répondre:
(Bhagavad Gita X-22 p.365)« Parmi les sens, je suis le mental. Et Je suis l’intelligence des êtres
vivants ».
Aucun psychiatre, psychologue4 ou autre psycholeptique, psychopathe, psychodrame n’aurait l’idée
de qualifier le mental de « sens », mais nous verrons que c’est mentalement sensé.
(108up. Maitrayani I-II-4 p.410) « Celui qui est réputé éminent et transcendant la vie dans le
monde, [..] qui est pur, immaculé, qui est vacuité (shunya) , qui est paisible, dont le souffle est
imperceptible, qui est dénué du sens de l’ego, infini, impérissable, stable, éternel, non-né, libre,
établi en sa propre majesté, et c’est lui qui emplit ce corps ci de conscience, le fait tenir debout, et
celui qui l’anime ».
( Bible Jean 1.1 à 1.4) « Au commencement était le Verbe, [..] et le Verbe était Dieu. [..] De tout être
Il était la vie et la vie était la lumière des hommes ».
(Leçon Acre 54.5) « Les âmes des hommes, par rapport à Dieu, ont une provenance par émanation,
comme le discours et l'écrit par rapport à l'orateur et à l'écrivain; ».

 

 

 


note1: NdT  Ce paragraphe est particulièrement obscur, et fait appel à des langues mortes, d’où un énoncé approximatif.
note2: La Mandukya est une upanishad minuscule ; il est d’usage dans ce cas de se référer au commentaire (karika) d’un Maître. Il
s’agit ici de Gaudapada, de la lignée spirituelle du très illustre Shankaracharya.
note3: NdT  Il ne s’agit pas pour une fois d’une taxation abusive. Les objets surimposés désignent le monde matériel.
note4: NdT  Il semblerait que de ses deux honorables professions, une au moins ait traumatisé l’auteur, même si elle m’a affirmé un
jour avoir rencontré aussi des pros de qualité.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                     40

(Bible sagesse 1.7) « L’esprit du Seigneur emplit toutes choses, et lui, qui tient toutes choses, a
connaissance de chaque mot ».
Résumons : Brahman est l’intelligence des êtres vivants, emplit le corps de conscience et l’anime.
Doit-on en conclure que Brahman est le corps? Non, mais sans Lui, il n’y aurait pas de vie, ce qui
revient à dire qu’il n’y aurait rien.
Une analogie très simple est le marionnettiste vis à vis de ses marionnettes. Personne, sauf peut être
les psychomachins n’irait dire que le marionnettiste est une marionnette, mais c’est lui qui dirige le
spectacle, composé de façon indissociable de l’acteur et des objets qu’il anime.
C’est cette unité qu’exprime le principe de non-dualité.
Je voudrais souligner un point : Les figurines utilisées ont une réelle importance dans un spectacle
de marionnettes, tant de par leurs qualités artistiques que par le rôle et la personnalité qui leur sont
confiés. Intervertissons le rôle de gendarme du monde avec celui de Guignol et le résultat est triste à
pleurer. Donald Trump en Superman ?
L’intelligence universelle sous-jacente qui anime les êtres vivants n’est réellement perçue que par
ceux qui ont réalisé des efforts suffisants pour la mettre en valeur. C’est pourquoi on la désigne
souvent dans les Védas de « non-manifesté ». Le monde des phénomènes, qui inclut le monde
matériel et les comportements psychiques qui lui sont associés – on dit aussi attachés- est lui
qualifié de « manifesté ».

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                    41

XVI. Une tentative de synthèse

 


Si l’on considère séparément le non manifesté -de nature immortelle- et le manifesté, il semble
difficile d’établir un lien cohérent. C’est pourquoi les religions ont souvent considéré Dieu comme
isolé de sa création. La présence du mal dans le manifesté a renforcé cette conception, Dieu étant
perçu à juste titre comme infiniment bon.
Nous allons procéder selon la célèbre dialectique thèse, autrethèse, synthèse et donc argumenter
avec brio dans le désordre(1) le plus total. J’ai des excuses: il est difficile de séparer ce qui ne peut
être séparé.
Commençons par l’âme individuelle. Le terme sanskrit utilisé est « jiva », abrégé de « jivatman ».
(108up. Mandukya III-3 et 4p.268) « Si l’Atman est tel l’espace éthéré, le jiva est tel l’espace enclos
dans un pot, le corps physique faisant office de pot ; [..] Quand se brise le pot, qu’advient-il de
l’espace qu’il contenait? Il se fond dans l’espace éthéré ; ainsi donc le Jiva est aussi l’Atman ».
Tout est une histoire de pot et d’échappement.
(Bible Éphésiens 5.30) « ne sommes nous pas les membres de son Corps ? ».
Il s’agit ici du Corps du Christ. L’étymologie première de Christ est « consacré par Dieu », donc je
me permets d’attribuer le titre de Christ à tous les prophètes envoyés par Dieu, et braie qui voudra.
Il convient maintenant de différencier le concept d’Atman, traduit habituellement par « âme » de
celui de Brahman. Dans les upanishads les plus récentes, il n’est pas très rigoureux mais acceptable
de considérer que Brahman est Dieu et Atman l’âme suprême. Rien ne s’oppose à ce que Dieu ait
crée aussi quantité d’univers parallèles n’obéissant pas aux mêmes lois physiques que le notre(2).
(Bible Matthieu 24.36) « Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les
anges des cieux, ni le Fils, personne que le le Père seul. »
Si on admet que le Fils est l’Atman au plan spirituel, alors Dieu (le Père) ne peut être l’Atman.
Ainsi, après avoir vainement et stupidement tenté de comparer Brahman, Atman, Christ, Messager,
Saint-Esprit, rishi, avatar, etc., le mieux est d’admettre qu’Atman est l’âme universelle qui soustend
notre univers à nous. Elle peut très bien présenter plusieurs degrés. Chacun étant pour nous de
dimension infinie, ils ont tous une valeur équivalente.
A plus forte raison, il est justifiable d’admettre Atman comme représentant la dimension de
Brahman (Dieu) limitée à notre nature humaine et notre univers:
(Bhagavad Gita p.156) « La Réalité Infinie, qui est le support immuable au-delà du spectacle
changeant du monde, est indiquée par le mot Brahman. L’aspect de cette Réalité éternelle qui
fonctionne dans et à travers notre corps est Atman. Ainsi, la même vérité est indiquée par les deux
termes, et le vedanta affirme que Atman est Brahman».
Quoi qu’il en soit, savoir qui fait quoi de Brahman ou Atman ne change pas le résultat et constitue
de l’UHT(3) stérile. Ainsi, admettre une identité stricte entre Brahman et l’Atman est loin d’être
déraisonnable. Les Maîtres spirituels nous disent ce qu’est l’Atman telle qu’ils l’ont vécue:
(108up. Niralamba 15 p.455) « La félicité est l’état qui succède à la réalisation de l’Atman, est
existence-conscience-Félicité (Sat Chit Ananda) ».

 

 

 


note1: C’est aussi une méthode managériale qui permet de faire penser aux subordonnés qu’ils sont idiots parce qu’ils ne comprennent
rien.
note2: Nous le confirmerons dans le paragraphe « mort et réincarnation ».
note3: NdT : UHT pour Ultra High Theology.

 

 

                                                                                                                                                                                                                               42

 

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