Sattva représente les notions de pureté, compassion, sagesse, connaissance, générosité,
Rajas celles de désir, attachement, possessivité, hyperactivité, peur, nervosité, anxiété, agressivité,
compétitivité, pouvoir, prestige,
Tamas celles d’impureté, avarice, colère, inertie, envie, jalousie, ignorance, confusion, dépression,
inconscience, coma.
L’alcool étant considéré comme tamasique, le coma éthylique est doublement tamasique.
Étant donné que nos désirs, tendances, pensées proviennent de notre passé, tamas et rajas tirent leur
origine dans l’inconscient (les vasanas).
(Bhagavad Gita p.524) « à un moment donné, un individu est influencé par un guna dominant, les
deux autres n’étant pas totalement absents, mais d’une importance secondaire ».
Intéressons nous particulièrement à sattva:
(Bhagavad Gita XVIII-20 p.647) « Sache que cette connaissance par laquelle on perçoit la Réalité
Indescriptible dans tous les êtres, l’Indivisible dans ce qui est divisé, est sattvique (pure) ».
Les connaisseurs des vedas pensent probablement que les gunas sont tous au même rang.
J’affirme que sattva, ne disparaissant jamais, a une place privilégiée. C’est moi que je décide(1), mais
ai de bonnes raisons :
(108up. Katha 2-III-7 p.252) « Au dessus des sens se trouve le mental; au dessus du mental se
trouve la pure lumière (sattva); ».
Pour rester en vie, au moins un lien (guna) est nécessaire. Au niveau spirituel le plus avancé, sattva
reste seule, les motivations égoïstes ayant disparu:
(108up. Maha V-21-35 p.387) « La réalisation (sattvapati), c’est l’esprit dans la condition de pure
luminosité (sattva) ».
Les gunas ont aussi une influence sur le corps, pouvant aller jusqu’à provoquer des désordres
psychosomatiques. Nous montrerons le pouvoir guérisseur du yoga.
Les gunas ont la propriété de s’auto-entretenir. L’avarice renforce l’avarice, le besoin de posséder
ne fait que croître, la peur entretient l’anxiété, etc.
Les tendances qui s’expriment par eux proviennent nécessairement de notre génétique, des
apprentissages et expériences du passé, donc du réservoir inconscient stocké dans le cerveau (les
vasanas). Vu sous l’angle des gunas, l’influence de la génétique apparaît plus clairement: certains
sont bourrés d’énergie depuis leur naissance, d’autres sont naturellement calmes, d’autres écrivent
des conneries. Les vedas vont plus loin en considérant un héritage de vies antérieures.
On peut tirer plusieurs conclusions du modèle basé sur les gunas :
Sattva étant de la nature de l’Atman, l’évolution spirituelle se fait en amoindrissant tamas et rajas.
Les désirs, puissants moteurs de nos actes requièrent une gestion attentive. Il ne s’agit pas de
privilégier la frustration en s’interdisant la réalisation de tout désir, mais d’être capable d’évaluer la
valeur de nos motivations. L’outil le plus évident pour cela est un serviteur de la conscience,
l’intelligence. L’autre moyen, beaucoup plus efficace, consiste à laisser sattva détruire les désirs
avant qu’ils n’apparaissent. Ce sera un temps notre secret.
Contrairement aux apparences, avoir peu de désirs rend vraiment libre et donc plus heureux.
Terminons ce paragraphe par un divertissement bien mérité :
rajasvala(2) peut désigner un objet poussiéreux, un individu dominé par le guna rajas, un buffle, une
femme ayant ses règles (donc impure ou poussiéreuse) ou une femme nubile (donc apte au
mariage). Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, qui illustre la concision du sanskrit, mais qui
peut cependant prêter à confusion : Est-ce la femme ou le buffle qui mange de l’herbe?
Comment dit-on « un buffle poussiéreux nubile qui a ses règles? ».

 

 


note 1: NdT  Bel exemple de manifestation de l’ego, à éviter.
note2: NdA Inspiré du dictionnaire Dictionnaire sanskrit-français de Gérard Huet

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                               66

 

Il s’agit « uniquement » de détruire les vasanas qui alimentent tamas et rajas. Rassurons nous, la
nature se charge de faire le tri à condition de l’aider un peu.
Quelques citations issues des vedas pour confirmer :
(108up. Maitreya II-10 p.847) « Le nettoyage propice à la purification de l’esprit, c’est la
destruction des trois tendances innées(1) (vasanas) ».
(108up. Anapurna V-16 p.609) « là où les impressions(2) ont été stérilisées se développe le quatrième
état, Turiya, qui engendre la perfection »
(108up. Maha VI-8 p.400) « Celui qui, après avoir totalement essuyé du miroir de son esprit les
rangées amassées de ses impressions latentes, demeure libre de tout souci, c’est lui l’être libéré ».
La notion de « vaine imagination » est très présente dans les écrits bahais et dans les vedas:
(108up. Annapurna IV-46 p.605) « Les impressions latentes (vasanas) consistent, dit-on à se saisir
d’un objet sous la pulsion d’une imagination fermement enracinée ».
(Paroles cachées 1.63) « Libère-toi donc des voiles des vaines imaginations et entre dans ma cour
pour que tu puisses être prêt pour la vie éternelle et digne de me rencontrer. Alors ne pourront
t'atteindre ni la mort, ni la fatigue, ni le tourment. »
Les vasanas étant des perturbateurs, leur disparition engendre la paix de l’esprit:
(108up. Sannyasa 62 p.918) « Là où le mental est apaisé, se trouvent la vérité et le bonheur, et c’est
là l’état authentique. C’est l’omniscience, et c’est indéniablement une satisfaction intégrale ».
C’est logique puisque l’Atman est Sat-chit-Anada, fondamentalement béatitude.

 


note1: Les vasanas sont classés en trois catégories : loka, shastra, deha que nous n’avons pas jugé utile de détailler.
note2: Impression (latente) est la traduction usuelle de vasana.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                        69

XXV. Le détachement

 


(Paroles cachées 2.31) « O mon ami en parole! Réfléchis un instant. As-tu jamais entendu parler
d'un coeur qui pouvait abriter l'ami et l'ennemi? Chasse donc l'étranger pour que l'ami puisse entrer
chez lui. »
Le détachement consiste en la suppression progressive de nos liens au monde phénoménal.
Nous avons vu que les vasanas sont à la fois source (par l’attitude que l’on adopte) et conséquence
(ils sont alimentés par nos actes) des gunas, qui nous relient au manifesté.
L’érosion des vasanas peut donc se faire partiellement par le détachement, selon le célèbre principe
qui veut que si l’on supprime un fleuve, sa source s’arrête de couler.
C’est amusant de voir comment une démarche honnête peut aboutir à un résultat idiot.
Heureusement, un poisson retombe toujours sur ses pattes :
C’est l’intellect (buddhi) qui peut agir sur les vasanas.
Il y a deux voies principales, non concurrentes qui permettent le détachement :
→ La voie extérieure, gérée principalement par par l’intellect, qui concerne notre mode de pensée,
nos actes et notre corps.
→ La voie intérieure qui aide notre Soi à émerger par la méditation et la prière.
Nous avons tous le sentiment justifié que nos pensées sont souvent hors de contrôle. Nous ne
sommes pas responsables de nos pensées négatives, car elles apparaissent sans que l'on n'ait rien
demandé. Par contre, en présence de ces pensées, on peut agir mentalement pour les affaiblir. Un
exemple:
Supposons que je pense, devant une information à la télévision: « Les actes de terrorisme absurdes
et le comportement incompréhensible des dirigeants se réclamant de l’Islam prouvent que l'Islam
ne peut pas être une religion valable(1) ». L'attitude positive est : « Pourquoi je pense ça ? C'est un
préjugé. Ah oui, en fait c'est idiot, parce que les terroristes croient être de bons pratiquants, alors
que c'est tout l'inverse, ils n'ont rien à voir avec l'Islam. Ils se comportent en ennemis du Prophète
en donnant une fausse image de Son enseignement(2)».
Je ne dis pas que la fois suivante je dissocierai Islam et terrorisme, mais le préjugé va se nuancer
jusqu'à disparaître un jour. C'est le principe de contrôle de la pensée: émettre la pensée positive
opposée à la pensée négative, ce qui constitue une action, donc nécessite un effort volontaire. Cet
effort, c'est la vigilance, un regard capable de dominer la situation présente.
L'ego, le sens du « je » mérite une place particulière, parce qu'il se pense maître à bord, et ne veut
surtout pas laisser sa place au Soi, qui, lui a une dimension universelle.
Tiré du livre Le Vedanta et l'inconscient de Arnaud Desjardins éditions La table ronde 1978 :
« Le mental est tellement retors que, si vous devenez un peu plus subtil, il deviendra plus subtil lui
aussi et utilisera des pièges plus raffinés pour vous duper. »
Le mental voulant conserver sa position dominante dans notre vie, renforce notre ego et fait tout
pour nous détourner du chemin spirituel en le dévalorisant. Il incite à penser : ce n'est pas le bon, on
a déjà réussi, il n'en vaut pas la peine, je perds mon temps, etc..

 

 


note1: NdA  Le comportement des dirigeants se réclamant de l’Islam (en fait des hommes politiques), une justification de la violence
par des textes déclarés authentiques tendent parfois à me faire douter de Mahomet. Mais la Foi bahaie reconnaissant clairement
la qualité de messager de Mahomet, le doute ne m’est pas permis. J’ai pu aussi remarquer que ceux que je considère comme des
musulmans éclairés par une foi rayonnante font preuve de circonspection envers les écrits « officiels », Coran compris.
note2: Mahomet aurait confié à un proche « Je ne comprends pas ce qu’ils vont faire avec Ma religion »

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                    70

 

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